legendes

Publié le 4 Août 2018

Le souvenir des fées est encore vivace dans une foule de localités du Berry. Presque partout ce sont elles qui ont édifié les dolmens et les menhirs, qu’elles portaient, malgré leur pesanteur énorme, dans leurs tabliers de gaze. Souvent aussi elles n’avaient pas le temps de les mettre en place, surprises qu’elles étaient, avant la fin de leur besogne, par le chant matinal du coq.

C’est ce qui arriva, entre autres, pour les dolmens de la Pierre-du-Charnier, commune de Saint-Aigny, et de la Pierre-à-la-Fade, commune de Douadic. La légende rapporte que la table de ce dernier dolmen était destinée aux fondations du donjon du Bouchet ; mais la fée, qui était condamnée à transporter ce bloc dans son tablier, fut surprise par l’aurore avant d’avoir accompli sa tâche : le coq chanta ; le frêle tablier se déchira, et la pierre tomba lourdement au bord de la Mer-Rouge. Aujourd’hui encore, si l’on s’attarde, la nuit, près et l’immense étang, on voit fuir au-dessus des eaux une petite flamme tremblotante : c’est la pauvre fée qui revient, sans pouvoir terminer la tâche qui lui avait été confiée. Quant au donjon du Bouchet, un aperçoit toujours la place où manque l’assise que portait la fée.

 

Texte du net:

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Rédigé par Le blog sur Chatillon sur Indre

Publié dans #Légendes

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Publié le 7 Février 2012

L'esprit éminemment observateur de nos paysans, joint à leur amour du merveilleux, les pousse sans cesse à étudier tous les phénomènes naturels qui s'accomplissent sous leurs yeux.

Il faut bien que le travail incessant auquel est assujetti leur corps ne nuise

aucunement à l'activité de leur pensée, car, astronomie, météorologie, médecine, botanique, ou sciences occultes, tout est de leur ressort.

Ils vont même jusqu'à s'occuper de l'interprétation du chant des oiseaux et des cris des quadrupèdes.

Voici de quelle manière ils traduisent le langage de quelques-uns des animaux avec lesquels ils sont le plus habituellement en relation.

Le chant de la poule, au moment de sa ponte, s'interprète ainsi :

J'ponds, j'ponds, j'ponds, j'ponds pour Jacques !

 

Jacques désigne ici le peuple, la masse des travailleurs, le bonhomme Jacques du Moyen Age.

Au mois de mai, lorsque la caille trouve difficilement à se garnir l'estomac, elle va répétant :

Caille ! caillé !

j'ai un sa (sac), j'ai pas de blé !

 

Au mois d'août, lorsqu'elle serait à même de faire des provisions, elle chante :

Caille ! cailla

J'ai du blé, j'ai pas d'sa !

 

D'aucuns, et ce sont d'ordinaire les prêteurs d'argent, affirment que la caille dit tout simplement :

Paie tes dettes !

Paie tes dettes !

 

Mais les mauvais payeurs ajoutent que le canard alors demande :

Quand ? quand ? quand ?

 

et que la brebis répond :

Jamais !

 

La caille, en chantant, répète plus ou moins de fois :

Caille ! cailla !

 

Or, on prétend que le nombre le plus élevé de ces répétitions indique, à l'avance, le nombre de francs que coûtera, par boisseau, le blé qui est sur terre.

La chanson un peu confuse du touin ou pinson ne signifie pas autre chose que :

Si j'avais du sel,

j'mang'rais d'la chicorée !

 

Le loriot, que nous appelons garde-veaux, sans doute parce qu'il hante les vallées où paissent souvent ces jeunes animaux, va toujours disant :

Pour du begaud !

J'gard'rai tes veaux !

 

note : Le begaud est le petit lait

Le Compost des bergers, vieil almanach à l'usage des campagnes, composé sans doute par quelque bon moine, fait dire au loriot :

Confiteor Deo !

 

et la consonance de ces deux mots latins s'adapte beaucoup mieux à certaines notes du chant de cet oiseau que les paroles que nous lui prêtons.

Dans les premiers jours du printemps, le merle, préoccupé du sort de sa précoce couvée, que protègent mal encore les cépées sans feuillage de nos jeunes taillis, exprime ainsi ses inquiétudes :

Laboureux ! laboureux !

En cherchant tes boeufs,

Tu trouverais bien mes oeufs !

 

L'ortolan - les gastronomes ne s'en doutent peut-être pas - niche dans beaucoup de nos vignes.

C'est ce monotone chanteur que nos vignerons nomment Binetu, appellation qui est un reflet de la série de notes que fait entendre l'oiseau ; phrase d'excitation que le travailleur indolent accepte, à ce qu'il paraît, comme le conseil de la nature, car il ne faut pas oublier que le binage est une opération de la culture de la vigne.

Ainsi quand l'ortolan chante, il semble qu'il dise au vigneron:

Bines-tu ? Travailles-tu ?

 

Nos cultivateurs trouvent encore une sage exhortation dans le chant de la tire-arrache (la rousserole), espèce de grive qui vit dans les roseaux, où elle ne cesse de se démener en répétant nuit et jour :

Tire ! tire ! arrache ! arrache ! tire ! arrache !

 

L'un des plus jolis couplets de la chanson du rossignol est ainsi interprété :

Sue, sue, sue,

La bourrique, la bourrique !

 

Nous avons souvent entendu raconter dans notre enfance un vieux conte dont nous regrettons de ne plus retrouver de traces ni dans notre mémoire, ni dans celle de nos contemporains, et où ces mots : Sue, sue, la bourrique ! revenaient à plusieurs reprises. Autant que nous pouvons nous souvenir, dans cette légende, qui avait un sens sérieux que nous étions loin alors de saisir, le rossignol représentait l'homme de loisir, peut-être l'artiste, et se raillait de la bourrique, qui semblait jouer le rôle du prolétaire ou de l'artisan.

Le pivert, que nous nommons l'avocat du Meunier, parce que nous croyons que l'un de ses cris appelle la pluie, annonce les crues d'eau qui font tourner les moulins, en criant le long des écluses ou des biefs :

Pleue ! pleue ! pleue ! c'est-à-dire : Pluie ! pluie ! pluie !

 

L'alouette, qui s'élève en chantant vers le zénith, est souvent une âme qui se rend en paradis, et, si l'on s'en rapporte au savoir de ceux qui sont versés dans les langues ornithologiques, ce qu'elle chante en ce moment n'est autre chose qu'une prière qu'elle adresse à saint Pierre, et dont voici le sens :

Pierre, laisse-moi entrer,

Jamais plus ne faut'rai !

Jamais plus ne faut'rai !

 

Si l'alouette ou l'âme, après s'être perdue dans l'éther, ne reparaît plus à vos yeux, c'est qu'elle a été admise dans le séjour des élus.

Si, au contraire, vous la voyez redescendre, faites bien attention à son chant ; vous ne lui trouverez plus l'accent contrit et suppliant qu'il avait tout à l'heure ; car l'alouette à laquelle saint Pierre a refusé l'entrée du paradis, parce qu'elle a trop péché, s'en revient en chantant d'un ton colère et dépité :

J'faut 'rai ! j'faut'rai ! j'faut'rai !

 

note : Nous disons fauter pour pêcher, faire une faute, un pêché.

Quelques-uns de nos truchemans prétendent que l'alouette, en cette circonstance, chante tout simplement ce couplet philanthropique :

J'prie Guieu (Dieu), j'prie Guieu,

Pour le riche et pour le gueux."

 

 

source:http://trad95.free.fr/berry

 

 

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Rédigé par Ville de Chatillon

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Publié le 23 Décembre 2011

 

 

 

Dans la nuit de Noël, lorsqu'on rentrait, après minuit on évitait soigneusement les carrefours mal famés où toutes nuits de la Noël se réunissaient les sorciers et leurs bêtes pour un sabbat monstrueux.
Au retour de l'église, et avant même de réveillonner avec du vin chaud et du boudin (plus tard avec des dindes, oies, cochonnailles suivant les possibilités), on avait soin de donner à manger à tous les animaux de la ferme. Cette nuit-là, dit-on entre onze heures et minuit, les boeufs (surtout ceux provenant d'une même vache) parlent entre eux, mais malheur à qui tenterait de surprendre le secret de leurs conversations. On raconte toujours en la localisant en Berry, l'histoire, pourtant bien connue également hors des limites de notre province, qu'un boiron (jeune garçon qui aiguillonne les boeufs pendant le labourage) qui, dans ce moment solennel, se trouvait couché près de ses boeufs, entendit le dialogue suivant :

" Que ferons-nous demain ? " demanda tout à coup le plus jeune du troupeau. " Nous porterons notre maître en terre " répondit d'une voix lugubre, un vieux boeuf à la robe noire, " et tu ne ferais pas mal, François ", continua l'honnête animal en arrêtant ses grands yeux sur le boiron qui ne dormait pas, " et tu ne ferais pas mal d'aller l'en prévenir afin qu'il s'occupe des affaires de son salut ".

Le boiron, moins surpris d'entendre parler ses bêtes qu'effrayé du sens de leurs paroles, quitte l'étable en toute hâte et se rend auprès du maître de la ferme pour lui faire part de la prédiction de ses boeufs.
Celui-ci, assez mauvais chrétien, se trouvait alors attablé avec trois ou quatre mauvais garnements de son voisinage, et, sous prétexte de faire réveillon, - repas joyeux mais décent que l'on prend en famille au retour de la messe de minuit -, présidait, en vrai balthazar à une monstrueuse orgie, tandis que la cosse de Nau flamboyait dans l'âtre et que sa femme et ses enfants étaient encore à l'église.
Le fermier, malgré les vapeurs bachiques qui enfumaient son cerveau, fut frappé du masque effaré de François, à son apparition dans la salle.

- Eh bien, qu'y a-t-il ?, lui demanda-t-il brutalement.
- Il y a que les boeufs ont parlé, répondit le boiron consterné.
- Et qu'ont-ils chanté ?, reprit le maître.
- Ils ont annoncé qu'ils vous porteraient en terre demain ; c'est le vieux Morin qui l'a dit et il m'a même envoyé vous en avertir, afin que vous ayez le temps de vous mettre en état de grâce.
- Le vieux Morin en a menti ! et je vais lui donner une correction, s'écria le fermier, le visage empourpré par le vin et la colère.

Et, sautant sur une fourche de fer, il s'élança hors de la maison, et se dirigea vers les étables. Mais il était à peine arrivé au milieu de la cour qu'on le vit chanceler, étendre les bras et tomber à la renverse.
Etait-ce l'effet de l'ivresse, de la colère, ou de la frayeur ? Nul ne le sait. Toujours est-il que ses amis, accourus pour le secourir, ne relevèrent qu'un cadavre, et que la prédiction du vieux Morin se trouva accomplie.
Depuis cette aventure, que l'on dit fort ancienne, les boeufs ont toujours continué à prendre, une fois l'an la parole, mais personne n'a plus cherché à surprendre le secret de leur conversation.

 

 

 

Source: philippe.boursin.perso.sfr.fr

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Rédigé par Ville de Chatillon

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